Voyageurs romantiques


Un archéologue, un peintre et un écrivain au royaume de Naples en 1812 …
… en 2021 à la Maison de Chateaubriand

Millin, Catel, Custine
et Chateaubriand
à la Vallée-aux-Loups ?

Un petit monde qui se connaissait bien…

À l’automne 2021, Chateaubriand accueille donc Millin, Catel et Custine chez lui, à la Vallée-aux-Loups.

De leur périple en Calabre, les trois voyageurs rapportèrent des dessins, des lettres, des récits, des notes…, venant dialoguer avec les propres écrits de Chateaubriand.

« J’ai oublié de vous dire de quoi se compose notre train. Nous sommes trois : M. M*** [Millin], notre chef, M. Catel et moi ;

je ne compte pas le domestique de M. M*** [Millin], qui n’est ni homme, ni brute, espèce de Jocrisse boiteux, borgne ou au moins louche, long à ne pas finir, aussi laid qu’aucun homme de dix-huit ans puisse l’être, sale à faire tache dans la crasse ;

bon homme d’ailleurs, et vêtu d’un reste de livrée assez semblable à un habit d’invalide, il me fait l’effet d’un épouvantail placé sur une perche au milieu d’un champ pour effrayer les oiseaux.

Nous avons chacun un mulet pour nous porter, ce qui fait quatre, et de plus un mulet pour notre bagage à tous, enfin deux muletiers pour guides. »

(Astolphe de Custine, Ascea, 13 mai 1812, dans Mémoires et Voyages, 1830)

Des paysages grandioses

Des éblouissements

« Toute cette contrée a un caractère de grandeur et de majesté unique dans la nature : on reconnaît que c’était le théâtre préparé pour l’histoire du monde. » (Astolphe de Custine, Rome, 13 décembre 1811, dans Mémoires et Voyages, 1830)

« On se croit ici transporté dans un pays enchanté, et l’on reconnaît au bruit, au tumulte, au désordre de Naples une grande ville vraiment italienne. C’est la capitale de l’Italie, et la première ville où je sois entré sans éprouver un pénible serrement de cœur. » (Astolphe de Custine, Naples, 2 mai 1812, dans Mémoires et Voyages, 1830)

« La nature, même la plus brute, conserve dans ces contrées une sorte d’élégance…, et ce type du beau empêche l’homme isolé de perdre le sentiment de l’art ! Ce sont des solitudes ; mais on croit sentir qu’il s’y est passé quelque chose de grand. » (Astolphe de Custine, Saint-Giovanni, 17 mai 1812, dans Mémoires et Voyages, 1830)

« Ici, tout est pompeux, solennel ; tout parle de plaisir, de fêtes ; tout se change en spectacle, tout se passe en représentation : on oublie la mort, et même la vie ! » (Astolphe de Custine, Reggio, 19 juin 1812, dans Mémoires et Voyages, 1830)

« Nous descendions une montagne haute et rapide et nous marchions en silence ; tout à coup, au sortir d’une forêt profonde, j’aperçois la mer à mes pieds : mais quelle mer ! éclatante, azurée : c’était comme le ciel renversé.

La mer de Sicile dans tout son éclat !

Et, sur ma tête, des branches de hêtres qui se courbaient presque à terre en forme de voûtes dont l’obscurité faisait ressortir l’azur éclatant de l’onde ; un autre que moi se serait cru dans un monde fabuleux. (…) sous les vapeurs enflammées de l’horizon, s’éteignaient les côtes de Sicile qui ne montraient que quelques sommets de montagnes nageant dans l’espace.

Le cratère de l’Etna dominait tout : montagnes et nuages, et sa cime, glacée et fumante, resplendissait dans le ciel ! Du côté de Reggio, on distinguait clairement les rives de la Calabre, le détroit de Messine et l’île de Vulcain. »

(Astolphe de Custine Paola, 29 mai 1812, dans Mémoires et Voyages, 1830)

« Les côtes de la Méditerranée ont partout des beautés ; mais rien n’approche de leur magnificence dans les régions les plus méridionales de l’Italie, où les eaux et les rocs se colorent de teintes si brillantes et tout à la fois si douces que l’œil n’en peut soutenir l’éclat ni s’en détacher.

La nature dans ces contrées est harmonieuse et solennelle comme une musique sacrée ! Les formes régulières des montagnes, la lumière, les sons, les longues lignes de côtes tracées au bord des flots, la grandeur et la couleur des plaines qui, de loin, semblent une continuation de la mer ; tout cet ensemble si varié, et où l’on reconnaît pourtant la pensée d’un seul ouvrier, me cause un plaisir analogue à l’effet d’une grande symphonie.

L’orchestre est si parfait qu’on croit n’entendre qu’un seul instrument ! Une idée unique, exprimée avec une diversité infinie : tel est le sublime ; tel est le chef-d’œuvre du Créateur et des esprits inspirés par lui. »

(Astolphe de Custine Monteleone, 4 juin 1812, dans Mémoires et Voyages, 1830)

Des tensions

« M. M*** [Millin] prétend (…) que je dois me mettre autant que lui en frais de compliments et de politesse pour les personnes chez lesquelles nous logeons, comme si c’était à moi qu’on eût donné des lettres de recommandation (…) La dernière fois qu’il me tint ce discours, il le prononça avec un ton d’aigreur qui fit que je lui répondis : “ (…) je ne suis venu ici que pour me reposer de ce qu’on fait et dit ailleurs, et j’ai cru pouvoir m’accorder mon congé d’autant plus innocemment que je me regardais absolument comme sans conséquence. Si vous m’aviez dit que vous ne me permettiez de venir à votre suite qu’à condition de représenter pour vous, j’aurais renoncé à ce voyage.” » (…) . » (Astolphe de Custine, Monteleone, 3 juin 1812, dans Mémoires et Voyages, 1830)

« M. Catel est comme moi, ce pays lui tourne la tête, il s’arrête à chaque pas, il voudrait tout dessiner, tout emporter, il voudrait dormir, habiter, vivre en plein air. M. M*** [Millin] seul reste froid et se moque de nous. » (Astolphe de Custine, entre Bagnara et Scylla, 10 juin 1812, dans Mémoires et Voyages, 1830)

« Le voyage de Calabre ne convenait pas du tout à M. M*** [Millin] qui n’est qu’antiquaire ; pour voir ce pays, il faut les yeux d’un poète ou d’un peintre. Il ne me montre pas ce qu’il écrit, mais d’avance je suis sûr que son voyage est illisible. Ce n’est pas en courant à la recherche de quelque pierre antique ou soi-disant telle, ce n’est pas en feuilletant quelques vieux parchemins dans une bibliothèque de couvent que l’on apprend à connaître un pays où la nature est tout, puisque les révolutions physiques y ont partout effacé la trace de l’histoire ! M. M*** est une vraie commère d’érudition, il ne voit rien qu’en petit, il n’est frappé que des détails, et son esprit est complètement dépourvu de l’imagination nécessaire pour saisir l’ensemble des choses. Il ne voyage qu’afin de trouver des livres ou d’en faire, jamais pour jouir de ce qu’il voit ; il serait excellent pour écrire les notes de son ouvrage, je le crois incapable d’en faire le texte. (…) Il sent si peu la nature qu’il veut toujours s’expliquer pourquoi un site est admirable, mais comme son analyse ne lui fait trouver que deux ou trois raisons, toujours les mêmes, il conclut de la stérilité de son imagination que tous les paysages se ressemblent. » (Astolphe de Custine, Reggio, 19 juin 1812, dans Mémoires et Voyages, 1830)

Des rencontres

« (…) M. Catel dessinait une des jeunes servantes de la maison. À notre arrivée, cette fille nous avait présenté du vin qu’elle nous apporta avec beaucoup de grâce dans un grand vase de forme étrusque placé sur sa tête. » (Astolphe de Custine, Ascea, 13 mai 1812, dans Mémoires et Voyages, 1830)

« Si les hommes sont partout les mêmes, à quoi bon voyager ? Au reste, il y a autant de nations en Calabre que de villes. Les peuples de la côte ne ressemblent pas à ceux de l’intérieur ; les Albanais sont différents des Italiens ; les montagnards sont une autre nation que les habitants de la plaine ; enfin il n’y a d’accord ni dans les mœurs ni dans les opinions de cette nation ! Ce qu’on appelle le peuple calabrais est un composé de tant de peuples différents que le pays qu’il occupe ressemble à une mosaïque, tant la diversité des races, des costumes, des langages et des habitudes y est frappante ! » (Astolphe de Custine, Monteleone, 3 juin 1812, dans Mémoires et Voyages, 1830)

De la Calabre
à la Vallée-aux-Loups

« Il faut (…) que les élèves s’occupent d’abord de l’étude même de la nature : c’est au milieu des campagnes qu’ils doivent prendre leurs premières leçons. Qu’un jeune homme soit frappé de l’effet d’une cascade qui tombe de la cime d’un roc, et dont l’eau bouillonne en s’enfuyant : le mouvement, le bruit, les jets de lumière, les masses d’ombres, les plantes échevelées, la neige de l’écume qui se forme au bas de la chute, les frais gazons qui bordent le cours de l’eau, tout se gravera dans la mémoire de l’élève. Ces souvenirs le suivront dans son atelier (…). » (Chateaubriand, Lettre sur l’art du dessin dans les paysages, 1795)

« Le peintre qui représente la nature humaine doit s’occuper de l’étude des passions : si l’on ne connaît le cœur de l’homme, on connaîtra mal son visage. Le paysage a sa partie morale et intellectuelle comme le portrait ; il faut qu’il parle aussi, et qu’à travers l’exécution matérielle on éprouve ou les rêveries ou les sentiments que font naître les différents sites. » (Chateaubriand, Lettre sur l’art du dessin dans les paysages, 1795)

« Le paysagiste apprendra l’influence des divers horizons sur la couleur des tableaux : si vous supposez deux vallons parfaitement identiques dont l’un regarde le midi et l’autre le nord, les tons, la physionomie, l’expression morale de ces deux vues semblables, seront dissemblables. La perspective aérienne est d’une difficulté prodigieuse ; cependant il y faut savoir placer la perspective linéaire des plans de la terre, et détacher sur les parties fuyantes les nuages, si différents aux différentes heures du jour. La nuit même a ses couleurs ; il ne suffit pas de faire la lune pâle pour la faire belle ; la chaste Diane a aussi ses amours, et la pureté de ses rayons ne doit rien ôter à l’inspiration de sa lumière. » (Chateaubriand, Lettre sur l’art du dessin dans les paysages, 1795)

« Ma mère devint le centre d’un cercle des personnes distinguées, parmi lesquelles se trouvaient les premiers hommes de notre pays. M. de Chateaubriand est resté son ami jusqu’à la fin. » (Astolphe de Custine, La Russie en 1839, publié en 1843)

« C’est ma plus ancienne connaissance. Il est, de tous les hommes de mon pays, celui que j’aime le plus à voir et qui, dans ma première jeunesse, a eu le plus d’influence sur moi. (…) je me rappellerai toute ma vie l’impression profonde que son imagination mélancolique faisait sur ma jeune tête. » (lettre d’Astolphe de Custine à Édouard de La Grange, 22 octobre 1818)

« Quel bien-être on éprouve à sentir l’influence d’un talent vivant, à prendre le génie sur le fait ! […] J’aime à admirer. […] L’admiration est, de toutes les manières de s’oublier soi-même, la plus salutaire à l’âme. » (lettre d’Astolphe de Custine à Édouard de La Grange, 25 novembre 1821)

« Vue du golfe de Naples en revenant : cap dessiné par la lumière du soleil couchant ; reflet de cette lumière sur le Vésuve et l’Apennin ; accord ou harmonie de ces feux et du ciel.

Vapeur diaphane à fleur d’eau et à mi-montagne. Blancheur des voiles des barques rentrantes au port.

L’île de Caprée au loin. La montagne des Camaldules avec son couvent et son bouquet d’arbres au-dessus de Naples.

Contraste de tout cela avec la Solfatare. […] Grotte d’Esculape. Tombeau de Virgile, d’où l’on découvre le berceau du Tasse. » (Chateaubriand, Voyage en Italie)

« Qu’est-ce que voyager, si ce n’est courir après des rêveries ? » (Astolphe de Custine, Paestum, 9 mai 1812, dans Mémoires et Voyages, 1830)

« Tout se réduit souvent, pour le voyageur, à échanger dans la terre étrangère des illusions contre des souvenirs. » (Chateaubriand, Les Natchez, livre I)

« Pour les voyageurs, le monde n’est qu’une apparence, ce n’est pas une réalité. À force de passer en revue des peuples divers, on devient étranger partout : on perd les vertus domestiques, l’amour des devoirs civils, et l’on s’accoutume à regarder les hommes comme un tas de marionnettes bonnes pour amuser un quart d’heure le curieux qui leur fait l’honneur de s’arrêter devant elles ! Combien de sentiments moraux sont sacrifiés à la passion des voyages ! » (Astolphe de Custine, Cosenza, 27 mai 1812, dans Mémoires et Voyages, 1830)

« J’ai jeté un dernier regard sur les montagnes du nord que les brouillards du soir couvraient d’un rideau blanc, sur la vallée du midi, sur l’ensemble du paysage ; et je suis retourné à ma chambre solitaire. À une heure du matin, le vent soufflant avec violence, je me suis levé, et j’ai passé le reste de la nuit sur la terrasse. Le ciel était chargé de nuages, la tempête mêlait ses gémissements, dans les colonnes du temple, au bruit de la cascade (…) Je me croyais transporté au bord des grèves ou dans les bruyères de mon Armorique, au milieu d’une nuit d’automne ; les souvenirs du toit paternel effaçaient pour moi ceux des foyers de César : chaque homme porte en lui un monde composé de tout ce qu’il a vu et aimé, et où il rentre sans cesse, alors même qu’il parcourt et semble habiter un monde étranger. » (Chateaubriand, Voyage en Italie)

« J’aimerais mieux ne jamais prendre une plume que d’avoir toujours à me servir des mêmes phrases pour peindre des objets différents. La nature est la langue du Créateur, et elle est variée ; nos copies seules sont monotones ! Il faudrait se sentir du génie avant de se permettre de voyager ! » (Astolphe de Custine, Paola, 29 mai 1812, dans Mémoires et Voyages, 1830)

« Torre Vergata est un bien de moines situé à une lieue à peu près du tombeau de Néron, sur la gauche en venant de Rome, dans l’endroit le plus beau et le plus désert : là est une immense quantité de ruines à fleur de terre recouvertes d’herbes et de chardons.

J’y ai commencé une fouille avant-hier mardi (…). J’étais accompagné seulement d’Hyacinthe et de Visconti qui dirige la fouille. Il faisait le plus beau temps du monde.

Cette douzaine d’hommes armés de bêches et de pioches, qui déterraient des tombeaux et des décombres de maisons et de palais dans une profonde solitude, offrait un spectacle digne de vous. (…)

J’ai mis moi-même la main à l’œuvre ; j’ai découvert des fragments de marbre : les indices sont excellents et j’espère trouver quelque chose qui me dédommagera de l’argent perdu à cette loterie des morts ; j’ai déjà un bloc de marbre grec assez considérable pour faire le buste du Poussin Cette fouille va devenir le but de mes promenades ; je vais aller m’asseoir tous les jours au milieu de ces débris. À quel siècle, à quels hommes appartiennent-ils ?

Nous remuons peut-être la poussière la plus illustre sans le savoir. Une inscription viendra peut-être éclairer quelque fait historique, détruire quelque erreur, établir quelque vérité.

Et puis, quand je serai parti avec mes douze paysans demi-nus, tout retombera dans l’oubli et le silence. » (lettre de Chateaubriand à Juliette Récamier, Rome, 5 février 1829)

« M. de Chateaubriand, s’il a fait quelque bien, a fait aussi bien du mal en France ; et moi particulièrement, je m’en ressentirai longtemps. » (lettre d’Astolphe de Custine à Rahel Varnhagen von Ense, 26 mai 1817)

« René et son auteur, qui furent mes premiers guides dans ce monde, m’ont fait bien du mal, en me rendant orgueilleux d’une disposition d’âme que j’aurais dû combattre. Je m’en suis aperçu, je n’ose dire à temps, je n’ose dire trop tard. » (lettre d’Astolphe de Custine à La Grange, Fervaques, 1er octobre 1818)

« Il est, de tous les hommes que j’aie jamais rencontrés, celui dont l’influence sur mon esprit et sur mon cœur a été la plus directe ; et, malgré les efforts que j’ai faits pour me soustraire à son empire, malgré de longues absences, malgré ses propres conseils et le soin qu’il a pris lui-même d’effacer en moi les premières impressions qu’il y avait produites, et dont il craignait la vivacité, je reconnais, à chaque occasion, dans mon cœur inquiet, l’écho des sentiments et des paroles de René ; et je ne puis me rapprocher de son auteur sans m’effrayer de tout ce que je trouve en moi d’analogue à sa tristesse innée. » (lettre d’Astolphe de Custine à La Grange, Fervaques, 19 octobre 1819)

« Je ne suis bon à rien au monde qu’à contempler des sites pour y chercher des émotions que je n’obtiens pas toujours, car je me désenchante aussi vite que je m’enthousiasme ; est-ce ma faute à moi si je suis né dans un siècle dont René est le chef-d’œuvre littéraire ? Je résiste tant que je puis à l’influence de cette dévorante poésie : elle me poursuit jusque dans mes pensées les plus intimes et se mêle à mes impressions les plus inattendues. Il n’y a plus de surprise pour un esprit qui connaît René. Je sens que ma pensée n’est plus libre et que j’en dois une partie à l’homme dont le génie va dominer la littérature de notre époque. Il faut pourtant m’affranchir de cette tyrannie involontaire qu’il exerce sur moi, ou renoncer à écrire ; car ses copistes seront plus médiocres que les imitateurs ordinaires, par la raison qu’il a puisé les premières inspirations de son talent dans une disposition d’âme particulière. » (Astolphe de Custine, Eboli, 8 mai 1812, dans Mémoires et Voyages, 1830)

« Un jour j’étais monté au sommet de l’Etna, volcan qui brûle au milieu d’une île. Je vis le soleil se lever dans l’immensité de l’horizon au-dessous de moi, la Sicile resserrée comme un point à mes pieds, et la mer déroulée au loin dans les espaces. Dans cette vue perpendiculaire du tableau, les fleuves ne me semblaient plus que des lignes géographiques tracées sur une carte ; mais, tandis que d’un côté mon œil apercevait ces objets, de l’autre il plongeait dans le cratère de l’Etna, dont je découvrais les entrailles brûlantes, entre les bouffées d’une noire vapeur.

Un jeune homme plein de passions, assis sur la bouche d’un volcan, et pleurant sur les mortels dont à peine il voyait à ses pieds les demeures, n’est sans doute, ô vieillards ! qu’un objet digne de votre pitié ; mais quoi que vous puissiez penser de René, ce tableau vous offre l’image de son caractère et de son existence : c’est ainsi que toute ma vie j’ai eu devant les yeux une création à la fois immense et imperceptible, et un abîme ouvert à mes côtés. » (Chateaubriand, René, 1802)

« Une plaine nue s’étend devant moi. J’entrevois les deux têtes du Vésuve (…) C’est un désert enfumé où les laves jetées comme des scories de forge, présentent sur un fond noir leur écume blanchâtre, tout à fait semblable à des mousses desséchées. (…)  Même en présence de ces débris calcinés, l’imagination se représente à peine ces champs de feu et de métaux fondus, au moment des éruptions du Vésuve. (…) Les nuages s’entrouvrent maintenant sur quelques points : je découvre subitement, et par intervalles, Portici, Caprée, Ischia, le Pausilippe, la mer parsemée des voiles blanches des pêcheurs, et la côte du golfe de Naples, bordée d’orangers : c’est le Paradis vu de l’Enfer. (…) Me voilà au haut du Vésuve, écrivant assis à la bouche du volcan, et prêt à descendre au fond de son cratère. Le soleil se montre de temps en temps à travers le voile de vapeurs, qui enveloppe toute la montagne. Cet accident, qui me cache un des plus beaux paysages de la terre, sert à redoubler l’horreur de ce lieu. Le Vésuve, séparé par les nuages des pays enchantés qui sont à sa base, a l’air d’être ainsi placé dans le plus profond de déserts, et l’espèce de terreur qu’il inspire n’est point affaiblie par le spectacle d’une ville florissante à ses pieds. » (Chateaubriand, Voyage en Italie)

« Je partis pour Naples (…) Les orangers étaient couverts de leurs fruits, et les myrtes de leurs fleurs. (…) J’ai peint la baie de Naples dans les Martyrs. Je montai au Vésuve et descendis dans son cratère. Je me pillais : je jouais une scène de René. » (Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XV, chapitre 7)

« Chaque matin, aussitôt que l’aurore commençait à paraître, je me rendais sous un portique qui s’étendait le long de la mer. Le soleil se levait devant moi sur le Vésuve : il illuminait de ses feux les plus doux la chaîne des montagnes de Salerne, l’azur de la mer parsemée des voiles blanches des pêcheurs (…).

Des fleurs et des fruits humides de rosée, sont moins suaves et moins frais que le paysage de Naples, sortant des ombres de la nuit. (…) En extase devant ce tableau, (…) je restais des heures entières à respirer un air délicieux. » (Chateaubriand, Les Martyrs, 1809, livre V)

Retrouvez Millin, Catel, Custine et Chateaubriand à la Vallée-aux-Loups

Toutes les informations sur
le site internet de la Vallée-aux-Loups

Crédits

Direction de la publication
Muriel Hoyaux, directrice de la Communication

Hébergement
Shorthand

Développement
ISHAD
18 rue de la Division Leclerc
91300 Massy

Conception et gestion de projet

> Direction de la Communication du Conseil départemental des Hauts-de-Seine
- Fadma Aïssaoui, chef de projets numériques
> Direction de la Culture, Maison de Chateaubriand
- Bernard Degout, directeur
- Véronique Martin-Baudouin, directrice déléguée aux publics
- Anne Sudre, responsable de l’unité de la conservation
- Thérèse Chaffard-Luçon, médiatrice, chargée de projets culturels
- Olivia Sanchez, chargée des publications

Contenus
Bernard Degout, Gennaro Toscano, Thérèse Chaffard-Luçon, Olivia Sanchez, Pierre Téqui

Images

© Bibliothèque nationale de France, sauf :
© Kupferstich-Kabinett, Staatliche Kunstsammlungen Dresden / photo : Herbert Boswank (portrait de Franz Ludwig Catel)
© Droits réservés / photo : Julien-Frédéric Tarn (portrait d’Astolphe de Custine)
© Droits réservés (portrait de Chateaubriand)
© CD92/Vincent Lefebvre (photo de la maison de Chateaubriand)
© Collections du musée du Pays de Sarrebourg (portraits de Delphine de Custine et d’Astolphe de Custine enfant)
© CC0 Thorvaldsens Museum, www.thorvaldsensmuseum.dk (René par Catel)
© CD92/Félicie Hauguel (carte du voyage en Calabre)
© CD92/Maison de Chateaubriand (fouilles de Chateaubriand à Torre Vergata)

Silhouettes dessinées
Thérèse Chaffard-Luçon

 Cette publication accompagne l’exposition présentée à la Maison de Chateaubriand du 18 septembre au 19 décembre 2021 : Franz Ludwig Catel : un peintre romantique dans la Calabre napoléonienne. Dessins de la Bibliothèque nationale de France organisée par la maison de Chateaubriand et la Bibliothèque nationale de France  

Prêteur
Paris, Bibliothèque nationale de France

 Commissariat
- Bernard Degout, directeur de la Maison de Chateaubriand
- Corinne Le Bitouzé, adjointe de la directrice du département des Estampes et de la photographie, Bibliothèque nationale de France
- Gennaro Toscano, conseiller scientifique pour le Musée, la recherche et la valorisation, direction des Collections, Bibliothèque nationale de France

Pour aller plus loin : découvrez les deux ouvrages accompagnant l’exposition :  

L’archéologue, le peintre et l’écrivain. Millin, Catel et Custine au royaume de Naples en 1812
Sous la direction de Bernard Degout et Gennaro Toscano
Éditions Lienart / Département des Hauts-de-Seine – Maison de Chateaubriand, septembre 2021
144 pages - Prix de vente : 19 €

 À travers la Calabre napoléonienne
Journal de voyage d’Aubin-Louis Millin. Dessins de Franz Ludwig Catel
Corinne Le Bitouzé et Gennaro Toscano
BnF – Le Passage, septembre 2021
2 vol. sous coffret, 500 pages - Prix de vente : 45 €